À l’été 2026, la photographe plasticienne franco-algérienne Maya Inès Touam a été accueillie en résidence à la Maison Gacha. Des pièces de la collection Gacha-Dumas et de ses rencontres avec les perlières de la Fondation Jean-Félicien Gacha sont nées trois œuvres inédites, inspirées par l’histoire des jumelles royales zouloues Mkabayi et Mmama kaJama.
Entre deux rives
Née en France de parents algériens, Maya Inès Touam construit son travail entre les deux rives de la Méditerranée. Diplômée des Beaux-Arts de Paris en 2013, elle interroge une esthétique orientale non pas d’un point de vue néo-orientaliste, mais depuis sa place de petite-fille d’émigrés : comment rendre compte d’une identité à la fois intime et étrangère ?
Sa série Révéler l’étoffe, développée de 2014 à 2018, a été exposée à la Bibliothèque nationale de France, projetée aux Rencontres d’Arles puis présentée au Musée national de l’histoire de l’immigration. Depuis, à travers la photographie, le dessin ou la sculpture, elle mène un travail à la fois anthropologique et onirique, qui part d’objets symboliques ou personnels pour composer des images, souvent des natures mortes. Ses résidences à la Montresso Art Foundation à Marrakech, à la Fondation H à Paris puis à la Fondation Zinsou au Bénin ont progressivement ouvert ses recherches aux diasporas africaines et à un regard postcolonial.
Une résidence au cœur de la collection
Durant l’été 2026, la Maison Gacha a accueilli l’artiste en résidence de création. Au centre de cette immersion : la collection Gacha-Dumas, constituée de pièces patrimoniales qui témoignent de la richesse des savoir-faire et des cultures africaines. Textiles, parures et objets rituels sont devenus les points de départ de nouvelles compositions photographiques.
Parmi les pièces étudiées, certaines semblaient déjà dialoguer avec ses questionnements : des ere ibeji, statuettes yoruba associées au culte des jumeaux, ou une maternité perlée bamiléké figurant une reine tenant un enfant, sous laquelle veille une panthère, animal du pouvoir royal. À ces objets se sont ajoutées les rencontres avec les perlières de la Fondation Jean-Félicien Gacha, leurs gestes et leurs récits, ainsi que la découverte des histoires traditionnelles camerounaises.
Mkabayi et Mmama kaJama
De ces dialogues entre œuvres, matières, gestes et paroles sont nées trois créations inédites. Elles s’inspirent notamment de l’histoire de Mkabayi et Mmama kaJama, jumelles royales de l’histoire zouloue, pour explorer la gémellité féminine, la royauté et le pouvoir partagé, et plus largement les liens entre féminité, maternité et transmission.
On y retrouve ce qui fait la singularité de Maya Inès Touam : un minutieux travail de recomposition photographique, des compositions héritées du genre de la nature morte où le quotidien côtoie le sacré, et cette esthétique du « beau-bizarre » qui lui est chère, où l’hybridité règne. Les objets de la collection n’y sont pas reproduits, mais réinterprétés, déplacés, réinvestis de nouveaux récits. Ces œuvres racontent à leur manière comment les histoires se transmettent, se transforment et se réinventent.
Où découvrir les œuvres
Les trois créations sont présentées en solo show par la galerie Les filles du calvaire, du 23 au 25 octobre 2026, lors de la foire AKAA au Carreau du Temple (stand D14). Une évocation des recherches menées pendant la résidence, avec les sources, les références et les échanges qui ont nourri son travail, est également à découvrir sur le stand de la Maison Gacha.
Le 22 octobre, l’artiste prolonge ce travail avec Femmes du Banquet, une expérience artistique et culinaire imaginée avec la cheffe étoilée Georgiana Viou, qui inaugurera la foire.
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